Nabil Benabdellah: L’hom me du changement

PORTRAIT. L’élection de Nabil Benabdellah au Secrétariat général est le couronnement d’un engagement politique dès sa prime jeunesse, jamais démenti.

Il y a des expressions qui ne trompent pas. Nabil Benabdellah, lors de son accession au poste de Secrétaire général du Parti du Progrès et du Socialisme (PPS), lundi 31 mai 2010, était ému à l’extrême. Une image à la fois introspective et extravertie qui ressemble à son parcours. Le parcours d’un engagement politique dès sa prime jeunesse, jamais démenti. Toujours au même parti pour donner de la voix aux plus démunis parmi la collectivité nationale. C’est ainsi qu’il s’est présenté à la candidature du Secrétariat général du PPS.

La posture et la stature
Et c’est à ce titre qu’il a obtenu la confiance, à la majorité absolue, d’un conseil national, lui même nouvellement élu par le VIIIème congrès du parti. Une consécration beaucoup plus méritée que recherchée. Son outsider, Saïd Saâdi, universitaire émérite, ancien ministre dans le gouvernement Abderrahman Youssoufi et militant progressiste de la première heure, n’a pas démérité. Loin de là. Sa candidature a donné encore plus d’aura au choix qui s’est porté sur Nabil Benabdellah.
Nul doute que le nouveau chef de file des “pepéistes” apportera un souffle salvateur au plus vieux parti du Maroc. Il en a la posture et la stature. Il en a donné la preuve lors de la primature de Driss Jettou. Un ministre de la Communication qui sait communiquer. Voilà une tautologie qui correspond à la manière d’être de Nabil Benabdellah. À ceci près que ce n’était pas que de la Com. C’était aussi de l’action.

La nuit la plus longue
Nabil Benabdellah fait beaucoup pour l’apaisement et la structuration des rapports entre la presse et les pouvoirs publics. Durant toute une législature (2002-2007), il a porté la parole du gouvernement avec un certain allant, un sens consommé de l’élégance verbale et une maîtrise quasi-professionnelle des médias.
À la responsabilité où il se trouve depuis le lundi 31 mai 2010, il ne sera pas dépaysé dans ses relations en externe. Ce n’est pas un néophyte par rapport aux arcanes de l’État, pas plus qu’il n’est un inconnu du grand public.
À l’évidence, ce natif de Rabat, un 3 juin 1959, a fait du chemin. Études primaires et secondaires à l’école Saint-Exupery et lycée Descartes de la capitale. Après un baccalauréat option lettres, en 1977, il prépare, avec succès, un diplôme supérieur de l’Institut des langues et civilisations orientales (INALCO), à Paris, en 1985. Pendant cette même période, Nabil Benabdellah militera au sein de la section Europe de l’Union nationale des étudiants du Maroc (UNEM), de même qu’il a eu à faire dans la représentation extérieure du PPS. En interne, il dirigera la jeunesse du parti, avant d’accéder au bureau politique en 1995. En 2009, il touche à la diplomatie comme ambassadeur du Maroc en Italie, pour une courte durée, puisqu’il sera remplacé, le 24 février 2010, par Hassan Abouyoub.
Son retour au pays ne pouvait mieux tomber. Le PPS est en pleine préparation de son VIIIème congrès. Il y plonge pratiquement à plein temps. Il y a fort à parier que le secrétariat général du parti, il n’y pense pas qu’en se rasant, le matin, comme dirait l’autre. L’idée l’habite, mais l’ambition ne le dévore pas. Il y va avec assurance et discrétion. À la direction du PPS, on ne veut surtout pas connaître une guerre de succession à Ismaïl Alaoui qui a choisi une sorte de “départ volontaire”. Nabil Benabdellah joue le jeu jusqu’au bout.
En passant par un scrutin à bulletins secrets et en présence des journalistes. Une première pour l’ex Parti communiste, où le vote se faisait à main levée, avec un candidat unique et, à coup sûr, à l’unanimité. Ce “centralisme démocratique”, à l’ancienne, a vécu.
Au terme de la nuit la plus longue de son histoire, le PPS s’est rendu compatible avec la démocratie interne. Maintenant qu’il est poste, que fera le secrétaire général fraichement élu? La langue de bois n’autorise à parler que de conformité obligée avec les thèses adoptées, en souveraineté absolue, par le congrès. On peut y ajouter les principes de la direction collégiale et de la consultation participative d’un conseil national de plus de 600 membres.

Pragmatisme politique
Dans la réalité des faits et dans le feu de l’action politique et de ses contraintes, les choses se déroulent autrement. Le patron du parti pèse de tout son poids sur l’orientation à suivre et les choix à faire. Avec sa majorité partisane; à moins qu’il soit mis en minorité. Nabil Benabdellah n’y échappera pas. Comment s’y prendra-t-il?
Pour ceux qui l’ont côtoyé, c’est un homme ouvert d’esprit, aux antipodes du dogmatisme de papa. Il agira donc dans le sens de l’ouverture, du pragmatisme politique comme unique monnaie payante en tant que parti de gouvernement, tout en essayant de sauver les meubles au niveau des fondamentaux, autant que faire se peut.
Toutes choses étant par ailleurs égales, il lui faudra d’abord faire en sorte que le PPS ne soit pas un “hizbicule”, un diminutif que haïssait profondément Ali Yata, le père fondateur. Tout porte à croire que Nabil Benabdellah en a l’étoffe.

 

Fait par Abdellatif Mansour

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